L’enjeu derrière l’action
L’absentéisme au travail constitue une véritable problématique pour les entreprises. En effet, en 2024, la France compte en moyenne 21 jours d’absence par salarié et par an. En 5 ans, le nombre d’arrêts indemnisés a bondi de 10 %.
Pour l’entreprise, les coûts directs (maintien de salaire, cotisations sociales sur les absences) s’accumulent aux coûts indirects, souvent bien plus lourds : recours à l’intérim ou aux heures supplémentaires pour pallier les manques, perturbation de l’organisation du travail, retards, saisonniers insuffisamment formés, perte de productivité, démoralisation des équipes présentes, etc.
L’absentéisme engendre aussi du turn-over : un salarié qui s’absente fréquemment finit par quitter l’entreprise, emportant avec lui son expérience et imposant les coûts d’un nouveau recrutement.
Dans le secteur agricole, où le nombre de salariés par exploitation est souvent réduit, la défaillance d’un salarié peut mettre en péril une récolte, retarder une traite ou désorganiser un chantier d’envergure. L’absentéisme n’est donc pas seulement un problème de ressources humaines : c’est un risque opérationnel majeur.
L’action du Gouvernement face à l’absentéisme
Le 9 avril 2026, les Ministres du Travail et de la Santé ont dévoilé un plan d’action global pour endiguer la progression des arrêts maladie, dont le coût atteint des niveaux jugés insoutenables. Sans créer de nouvelles obligations immédiates, cette stratégie en 3 volets — prévention, accompagnement des salariés et renforcement des contrôles — est un signal d’alerte et une invitation à agir pour les employeurs.
Cette stratégie trace des orientations en 3 volets :
- Volet 1 : prévention
L’Etat place l’employeur en acteur central de la santé au travail. Ainsi, depuis le 10 avril 2026, un espace dédié sur le site du ministère du Travail permet aux entreprises d’identifier les ressources disponibles.
Le Gouvernement entend par ailleurs renforcer les actions des Services de Prévention et de Santé au Travail (SPST), notamment en matière de santé mentale : une campagne nationale de promotion de la « Charte pour la santé mentale au travail » sera déployée tout au long de l’année 2026.
- Volet 2 : accompagnement des salariés en matière de lutte contre la désinsertion professionnelle
Le Gouvernement entend repenser la prise en charge des arrêts de longue durée avec :
- Le développement de parcours de réadaptation pour les Troubles Musculo-Squelettiques (TMS) et les Risques PSychiques (RPS) ;
- L’intervention renforcée dès 60 jours d’arrêt ;
- L’accès facilité à un second avis médical spécialisé pour les médecins généralistes confrontés à des situations complexes.
- Volet 3 : renforcement des contrôles
La loi instaure, à compter du 1er septembre 2026, une limitation de la durée des arrêts de travail initiaux à 1 mois, et à 2 mois pour les prolongations (sauf exception médicalement justifiée). Une démarche simplifiée permettra aux employeurs de signaler à l’Assurance Maladie les arrêts jugés anormaux.
Enfin, environ 1100 entreprises présentant un taux d’absentéisme atypique (supérieur de 50 % à la moyenne sectorielle) feront l’objet d’un suivi renforcé de la part de l’Assurance maladie.
Prévenir plutôt que subir : les leviers concrets à la disposition des employeurs
Afin de prévenir l’absentéisme, les employeurs disposent des leviers ci-dessous :
- Le Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels (DUERP) afin de prévenir les risques. Obligatoire dès le premier salarié, il doit être mis à jour au minimum chaque année et à chaque changement important dans les conditions de travail. Loin d’être une formalité administrative, le DUERP est l’outil qui permet à l’employeur d’identifier les risques spécifiques à son exploitation et de définir un programme d’actions de prévention adapté ;
- Les services de prévention de la MSA : leurs conseillers en prévention peuvent accompagner les exploitations dans l’analyse des risques, la mise en place d’actions correctives et le suivi de leur efficacité ;
- La MSA propose également des Aides Financières Simplifiées Agricoles (AFSA) et des contrats de prévention qui peuvent contribuer à financer des projets d’amélioration des conditions de travail. Ces dispositifs sont trop peu mobilisés.
Une entreprise qui investit dans la santé de ses salariés (amélioration des postes de travail, management bienveillant, formation des encadrants à la détection des signaux faibles, politique d’accueil structurée pour les nouveaux arrivants) constate des effets concrets : réduction du taux d’absentéisme, amélioration de l’ambiance de travail, fidélisation des équipes et diminution du turn-over. Une équipe stable et en bonne santé, c’est aussi une meilleure productivité, un transfert de compétences assuré entre les générations et une marque employeur qui facilite les recrutements — dans un secteur agricole qui en a plus que jamais besoin.
Enfin, le plan santé-travail 2026-2030, coconstruit avec les partenaires sociaux et attendu avant l’été 2026, viendra compléter ce dispositif par de nouveaux leviers.

